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RGPD et conformité9 min de lecture

Le registre des traitements d’une étude notariale : ce qu’il doit contenir

Ce que l’article 30 du RGPD impose à une étude : les traitements à recenser, leurs bases légales, les durées de conservation et les destinataires.

Cyrille LiétardCofondateur de LTC Group

Le notaire est responsable du traitement des données de ses dossiers, et il doit à ce titre tenir un registre des activités de traitement au sens de l’article 30 du RGPD. Ce registre est un document interne : il n’est ni déposé, ni publié, mais il est le premier que l’Autorité de protection des données réclame en cas de contrôle ou de plainte. Il recense, activité par activité, ce que l’étude traite, pourquoi, sur quelle base légale, pendant combien de temps, et qui d’autre y accède.

Cet article donne la structure complète du registre et son contenu type pour une étude belge. Il est fait pour être imprimé, annoté et transformé en tableau de travail.


Une étude de dix personnes doit-elle vraiment tenir un registre ?

Oui. L’article 30.5 prévoit bien une dispense pour les organisations de moins de 250 travailleurs, mais elle tombe dès que l’une des trois conditions suivantes est remplie — et une étude notariale les remplit toutes les trois :

  • le traitement n’est pas occasionnel : les dossiers arrivent tous les jours ;
  • il est susceptible de comporter un risque pour les droits des personnes : patrimoine, filiation, capacité, situation familiale ;
  • il porte sur des catégories particulières de données (article 9 : santé d’un disposant, d’un donateur, d’un vendeur en incapacité) et sur des données relatives aux condamnations (article 10 : faillite personnelle, déchéances).

La dispense est donc théorique pour le notariat. Elle ne l’est pas seulement en droit : sans registre, l’étude ne peut ni répondre à une demande d’accès, ni documenter une violation de données, ni prouver qu’elle a réfléchi à ses durées de conservation.

Le registre est signé par le notaire titulaire — ou par chaque associé pour les traitements qui lui sont propres. Une étude en société notariale tient un registre pour la structure, pas un par notaire, sauf si les traitements diffèrent réellement.

Que doit contenir le registre, exactement ?

L’article 30.1 énumère huit mentions. Elles constituent les colonnes de votre tableau : si une colonne est vide pour une ligne, cette ligne n’est pas terminée.

Mention (art. 30.1) Ce qu’on y écrit concrètement
Identité du responsable Nom du notaire ou de la société notariale, adresse de l’étude, BCE, personne de contact
Finalités du traitement Une phrase par finalité : « établir et conserver les actes authentiques », « facturer les honoraires et frais »
Catégories de personnes concernées Clients, parties à l’acte, héritiers, créanciers, membres du personnel, candidats
Catégories de données Identification, état civil, composition de ménage, données patrimoniales et fiscales, données bancaires, et le cas échéant données art. 9 et 10
Catégories de destinataires Administrations, confrères, banques, sous-traitants informatiques, Fednot
Transferts hors EEE Le pays, le mécanisme (décision d’adéquation, clauses contractuelles types) — ou la mention qu’il n’y en a aucun
Délais d’effacement Une durée par catégorie, avec son fondement
Mesures de sécurité (art. 32) Description générale : contrôle d’accès, journalisation, chiffrement, sauvegardes, formation

Deux colonnes méritent d’être ajoutées, bien qu’elles ne soient pas exigées : la base légale de chaque traitement, parce qu’elle commande la réponse à donner en cas d’opposition ou de demande d’effacement, et la date de dernière revue, parce qu’un registre non daté ne prouve rien.

Quels traitements une étude notariale doit-elle recenser ?

Le piège classique est de n’inscrire qu’une seule ligne, « gestion des dossiers », et de croire l’obligation remplie. Le registre se construit par finalité, pas par logiciel ni par service. Voici les activités que l’on retrouve dans presque toutes les études.

Traitement Personnes concernées Base légale (art. 6, et 9 le cas échéant)
Établissement et conservation des actes authentiques Parties, comparants, tiers cités à l’acte Obligation légale et mission d’intérêt public (loi de ventôse)
Tenue du répertoire des actes Parties Obligation légale
Successions et liquidations-partages Défunt, héritiers, légataires, créanciers Obligation légale ; art. 9.2.f pour les données de santé utiles à la capacité
Ventes et crédits hypothécaires Vendeurs, acquéreurs, prêteurs Contrat et obligation légale
Consultations juridiques et devoirs de conseil Clients Contrat, ou intérêt légitime pour un conseil non suivi de dossier
Identification et vigilance anti-blanchiment Clients, bénéficiaires effectifs, mandataires Obligation légale (loi du 18 septembre 2017)
Comptes de tiers et comptabilité Clients, fournisseurs Obligation légale (comptable et fiscale)
Facturation et recouvrement Clients Contrat, puis intérêt légitime pour le recouvrement
Gestion du personnel et des paies Collaborateurs Contrat, obligation légale, sécurité sociale
Recrutement Candidats Mesures précontractuelles ; consentement pour la conservation d’une candidature spontanée
Site internet, formulaires, infolettre Visiteurs, prospects Consentement, intérêt légitime pour les cookies strictement nécessaires
Vidéosurveillance des locaux Visiteurs, personnel Intérêt légitime, sous la loi caméras du 21 mars 2007
Journaux techniques du système d’information Utilisateurs internes Intérêt légitime, sécurité du traitement (art. 32)

Deux remarques que l’on oublie souvent. D’abord, le devoir de conseil donné sans suite est un traitement : la note prise lors d’un rendez-vous d’information existe, elle est nominative, elle doit avoir une durée. Ensuite, la vidéosurveillance et les journaux techniques appartiennent au registre au même titre que les dossiers : ce sont les deux lignes qui manquent le plus fréquemment.

Quelle base légale retenir, et pourquoi ce choix compte

Pour l’essentiel de l’activité notariale, la base n’est ni le contrat ni le consentement, mais l’obligation légale (art. 6.1.c) combinée à la mission d’intérêt public (art. 6.1.e) dont le notaire est investi comme officier public. La conséquence est très concrète, et elle mérite d’être écrite dans le registre en toutes lettres : un client ne peut pas obtenir l’effacement des données d’un acte authentique, ni s’opposer à leur conservation. Le droit à l’effacement cède devant l’article 17.3.b et 17.3.e du RGPD.

À l’inverse, l’infolettre, la candidature spontanée conservée au-delà de la procédure et les cookies de mesure d’audience reposent sur le consentement : ils sont révocables à tout moment, et la révocation doit être aussi simple que l’adhésion. Mélanger les deux régimes dans une même ligne de registre est l’erreur qui coûte le plus cher en cas de plainte, parce qu’elle conduit l’étude à refuser un droit qu’elle devait accorder, ou l’inverse.

Combien de temps conserver ? Le tableau des durées

Une durée de conservation ne s’invente pas : elle se déduit d’un texte, d’une prescription ou d’un besoin probatoire documenté. Les ordres de grandeur généralement retenus dans le notariat belge :

Catégorie Durée usuelle Fondement
Minutes et répertoire 75 ans, puis transfert aux Archives de l’État Législation notariale et loi sur les archives
Pièces du dossier non annexées à l’acte 10 ans après clôture Prescription de la responsabilité professionnelle
Documents d’identification anti-blanchiment 10 ans après la fin de la relation Loi du 18 septembre 2017
Comptabilité, pièces justificatives 7 ans Droit économique et droit fiscal
Dossiers du personnel 5 ans après le départ ; documents sociaux selon leur régime propre Droit social
Candidatures non retenues 1 an au maximum Position de l’Autorité de protection des données
Images de vidéosurveillance 1 mois, sauf infraction constatée Loi caméras
Journaux techniques 6 à 12 mois Sécurité du traitement, art. 32

Le registre indique la durée et le point de départ. « 10 ans » ne veut rien dire ; « 10 ans à compter de la clôture du dossier » se contrôle. Quand l’effacement est matériellement impossible parce que la pièce est annexée à une minute, on l’écrit également : une impossibilité assumée et motivée vaut mieux qu’une durée décorative.

Qui sont les destinataires, et où s’arrête la sous-traitance ?

Le registre distingue trois familles, qu’il ne faut pas confondre :

  1. Les destinataires légaux, à qui l’étude transmet parce qu’un texte l’impose : administrations fiscales, bureaux Sécurité juridique, Banque-Carrefour, notaires instrumentant conjointement, autorités judiciaires. Ce ne sont pas des sous-traitants ; ils traitent pour leur propre compte.
  2. Les sous-traitants au sens de l’article 28 : ils traitent sur instruction de l’étude et pour son compte. L’éditeur du logiciel notarial, l’hébergeur, le prestataire de sauvegarde, le service de numérisation externalisé, l’expert-comptable dans certains montages. Chacun exige un contrat de sous-traitance écrit, et le registre en porte la trace.
  3. Les sous-traitants ultérieurs, que votre sous-traitant se donne à lui-même. Ce sont eux qui échappent le plus souvent au registre, alors qu’ils déterminent la géographie réelle de vos données. Demandez la liste nominative, son annexe au contrat de sous-traitance, et le préavis en cas de changement.

Le registre mentionne enfin les transferts hors Espace économique européen, avec leur mécanisme de garantie. Si votre chaîne n’en comporte aucun, écrivez-le : c’est une mention favorable, et elle simplifie durablement le dossier. La page souveraineté détaille ce que cette question implique dans le choix d’un logiciel, et la page confiance rassemble les documents qu’un éditeur doit pouvoir remettre sans négocier.

Le registre du sous-traitant : ce que votre éditeur doit vous fournir

L’article 30.2 impose au sous-traitant son propre registre, plus court : les responsables pour lesquels il agit, les catégories de traitements effectués, les transferts, et les mesures de sécurité. Vous n’avez pas à le rédiger, mais vous avez tout intérêt à le réclamer : il vous permet de remplir vos propres colonnes « destinataires » et « sécurité » avec des faits vérifiables plutôt qu’avec des formules.

Trois questions suffisent à mesurer la qualité d’un éditeur :

  • Le contrat de sous-traitance est-il remis avant la signature, ou après ? Un accord de traitement des données qui arrive avec la facture est un mauvais signal.
  • La liste des sous-traitants ultérieurs est-elle communicable, avec un droit d’objection en cas de changement ?
  • L’étude peut-elle exporter son journal d’audit et ses données sans passer par une demande commerciale ? C’est la question de la réversibilité, et elle se pose le jour de la signature, pas le jour du départ.

C’est sur ces trois points que Nota a été conçu : cloisonnement appliqué dans la base de données plutôt que dans le code applicatif, journal d’audit inaltérable avec export de preuve, durées de conservation paramétrables par étude, et trois sous-traitants exactement, tous européens, nommables sur demande. Les modalités contractuelles et les délais engagés sont décrits sur la page accompagnement, et les questions les plus fréquentes sur la FAQ.

Comment tenir le registre vivant

Un registre se périme en douze mois. Trois habitudes suffisent à le maintenir :

  • Une revue annuelle datée, inscrite à l’agenda de l’étude au même titre que la clôture comptable.
  • Une ligne ajoutée à chaque nouvel outil, avant sa mise en service : une plateforme de signature, un service de visioconférence, un outil de sondage de satisfaction sont des traitements.
  • Un lien avec la procédure de violation de données : en cas d’incident, le registre indique en quelques minutes quelles catégories de personnes sont concernées et quelles durées s’appliquent, ce qui permet de notifier l’Autorité de protection des données dans les délais légaux et d’informer les personnes concernées quand le risque l’exige.

Le registre n’est pas un exercice administratif : c’est la carte de ce que l’étude sait des gens qui lui font confiance. Une étude qui la tient à jour sait ce qu’elle doit dire — et ne pas dire — le jour où quelque chose tourne mal.


Vous souhaitez voir comment un logiciel notarial peut alimenter ces colonnes plutôt que les compliquer — cloisonnement, journal d’audit exportable, durées paramétrables ? Demandez une démonstration : elle se fait sur vos cas, pas sur une présentation. Les conditions tarifaires sont publiées sur la page tarifs.

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